Dessin manteau Dior Jacqueline Lamba 2020

Jacqueline Lamba est à l’honneur dans la Haute Couture. La nouvelle collection automne-hiver 2020-2021 est consacrée aux femmes surréalistes. La directrice artistique, Maria Grazzia Chiuri, qui apprécie cet univers pictural, dit s’être inspirée d’une exposition organisée par Christian Dior en 1933. Peu savent en effet que le couturier fut, avant 1946, galeriste. Car son nom n’apparaît nulle part. Dans les années 1930, il a été l’associé de Pierre Colle. Les deux hommes ont alors organisé à Paris la troisième grande exposition surréaliste, mouvement qui avait le vent en poupe. Double hommage. Mais pas que.

Les autres femmes qui ont inspiré cette collection sont peut-être plus connues : Leonora Carrington, Dora Maar, Lee Miller et Dorothea Tanning. Toutes furent à la fois des muses mais surtout des artistes à part entière. Comme le fut Jacqueline Lamba.

Jacqueline Lamba : Baudelaire TarotLe dessin de Jacqueline utilisé provient d’un projet collectif de recréer le Tarot de Marseille. Un événement qui a occupé plusieurs surréalistes réfugiés à Marseille en janvier 1941 et dans l’attente de papiers officiels pour quitter la France de Vichy. Jacqueline Lamba, André Breton et leur fille Aube attendaient leur départ pour les États-Unis dans la villa Air Bel, appelé aussi « château espère-visa ». Dessin manteau Dior Jacqueline Lamba 2020Il fallait tromper l’attente et créer. Associés à ce nouveau jeu – dont ils changeaient les figures et les enseignes d’origine militaire et religieuse – Breton, Max Ernst, André Masson, Oscar Dominguez, Jacques Hérold, Wifredo Lam, Victor Brauner et Jacqueline Lamba. Après avoir proposé des noms (génie, sirène, mage à la place de roi, reine et valet) et des formes (flamme, roue, étoile, serrure remplacent cœur, pique, trèfle, carreau), les couleurs rouge et noire étant conservées mais représentant l’amour, la révolution, le rêve et la connaissance – ils tirèrent au sort ce qu’ils allaient représenter. Á Jacqueline revint l’as de la Révolution et le génie d’amour Baudelaire. C’est cette figure qui a été choisi pour orner un manteau en cachemire. Une belle réussite. Les maquettes de ces cartes sont aujourd’hui conservées au musée Cantini de Marseille – depuis le don d’Aube et Oona Elléouet. 

Il faut aussi connaître les liens de Jacqueline Lamba avec la mode – elle adorait les tenus extravagantes, démodés ou ultra modernes, mais toujours audacieuses. Proche en cela de son amie Frida Kahlo. Mais encore ses premiers pas dans les arts décoratifs, des travaux qui l’amenaient à créer des motifs pour des tissus et à fréquenter des gens comme Alexey Brodovitch, directeur artistique pour les magasins des Trois Quartiers dans les années 1920 avant d’œuvrer avec succès, aux États-Unis, dans le célèbre magazine Harper’s Bazaar.

Beau clin d’œil qui permet à Jacqueline de se retrouver aux côtés de son amie et complice de leurs années de formation, Dora Maar, avant même de rencontrer chacune de leur côté, Breton et Picasso.

 

© Dior, 04/07/2020

Monique Deregibus - Egide à l'art de Jacqueline Lamba

Dans le cadre de la Biennale européenne de création contemporaine, « Manifesta 13 Marseille » qui se tient à Marseille du 28 août au 29 novembre 2020, The American Gallery contemporary art, dirigée par Pamela King, propose une exposition collectives de 13 artistes « Disobey Orders, Save the Artists » autour de Varian Fry et des artistes vivant à Marseille dans les années 40 sous l’administration de Vichy. C’est ainsi que sept jeunes artistes vont réactualiser le célèbre « Jeu de Marseille » .

Dans le cadre de cette exposition D.O.S.A., Monique Deregibus présente une boîte en valise inspirée par celle de Marcel Duchamp. Cette oeuvre unique, fruit de plus d’un an de travail, est une évocation de l’univers et de l’œuvre de Jacqueline Lamba. La pièce centrale est un grand carnet de dessin « L’amour fou » proposé par Gallimard, dans laquelle Monique Deregibus nous présente des photographies de la vie de Jacqueline, de ses rencontres, de ses amours, de ses amis, de son séjour au Mexique et à Air Bel. En contrepoint, et avec beaucoup de clins d’oeil aux initiés, Monique Deregibus a choisi des photos de mer, de feux d’artifice, de clairs de lune, de sources, de spiritisme, sans oublier des photos d’actualités de la guerre et de ses destructions.

« Ce travail libre et ludique répond à la seule question qui vaille, écrit l’auteur: comment véritablement restituer la mémoire de Jacqueline ? Plus précisément encore une présence ? Comment tricoter à l’échelle de nos vies décalées un habit fait d’affects communs, de convictions politiques, sensibles, humaines ?»

De nombreuses reproductions de ses peintures et dessins, quelques objets fétiches comme des dés, des coquillages, des petites pierres et des morceaux de poterie indienne, accompagnent le cahier central. Les panneaux de la boîte offrent au regard quelques œuvres de Jacqueline, de la période surréaliste, américaine, des années cinquante et de son travail à Simiane-la-Rotonde.

Monique Deregibus The American Gallery

SUR MONIQUE DEREGIBUS 

Après des études de lettres et de cinéma à l’Université d’Aix-en-Provence, Monique Deregibus, née en 1955 à Marseille, obtient le diplôme de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles. Elle enseigne la photographie à l’École des Beaux-Arts de Valence, à l’ENSP d’Arles ainsi qu’aux Beaux-Arts de Lyon. Photographe, elle expose régulièrement son travail présent dans différentes collections publiques en France et à l’étranger. Chacune des séries photographiques proposées, héritière d’une histoire du passage conceptuel, est consacrée à des territoires spécifiques, tantôt proches ou lointains, manifestant toujours un fort intérêt pour les réminiscences contenues dans le plan ainsi que pour les notions d’architecture et de territoire urbain. Cet ensemble forme le décor abandonné des tragédies humaines.

Son travail sensible et original, aléatoire et décalé, militant et nostalgique, trouve son aboutissement dans la réalisation de cette boîte en valise consacrée à Jacqueline Lamba. C’est un hommage émouvant et remarquable d’une Marseillaise à la toute-puissante ordonnatrice de la nuit du tournesol.